Amiante

L'amiante est un terme désignant des minéraux à texture fibreuse utilisés dans l'industrie. Ce sont des silicates magnésiens ou calciques ayant des propriétés réfractaires.


Catégories :

Produit chimique toxique - Cancérogène chimique - Hygiène et sécurité du travail - Magnésium (minéral) - Roche métamorphique - Matériau de construction - Amiante - Fibre - Matériau - Cancérogène du groupe 1 du CIRC

Définitions :

  • Forme fibreuse des silicates minéraux appartenant aux roches métamorphiques du groupe des serpentines, c'est-à-dire le chrysotile, et du groupe des amphiboles, c'est-à-dire l'actinolite, l'amosite l'anthophyllite, la crocidolite, la trémolite ou tout mélange contenant un ou plusieurs de ces... (source : reptox.csst.qc)
  • Photographies d'une fibre en microscopie électronique : photo n°1, photo n°2. Minerai d'amiante à l'état brut : photo n°3 (source : ifct)
  • L'amiante est une fibre minérale. Elle ne peut être identifiée que par un type spécial de microscope. Par le passé, l'amiante était ajouté à une variété de produits pour les renforcer et de leur donner de meilleures qualités isolantes.... (source : quad-lab)
Amiante
Amiante fibreux sur de la muscovite.
Amiante fibreux sur de la muscovite.
Général
No CAS chrysotile : 132207-32-0
amosite : 12172-73-5
crocidolite : 12001-28-4
Propriétés chimiques
Formule brute Mg3Si2O5 (OH) 4 (chrysotile) [1]
Propriétés physiques
T° fusion chrysotile : stable jusqu'à ∼550 °C.
(déshydratation complète à ∼750 °C)
amphiboles : 400 à 600 °C (déshydratation).
900 à 1 000 °C (décomposition) [1]
Précautions
Directive 67/548/EEC
Toxique
T
Phrases R : 45, 48/23,
Phrases S : 45, 53,
Transport
90
   2590   
[2]
SIMDUT[4], [5], [6]
Amiante :
D2A : Matière très toxique ayant d'autres effets toxiques
D2A,

Amosite :
D2A : Matière très toxique ayant d'autres effets toxiques
D2A,

Crocidolite :
D2A : Matière très toxique ayant d'autres effets toxiques
D2A,
SGH[7]
SGH08 : Sensibilisant, mutagène, cancérogène, reprotoxique
Danger
H350, H372,
Classification du CIRC
Groupe 1 : Cancérogène pour l'homme[3]
Unités du SI & CNTP, sauf indication contraire.
Amiante.
Amiante.
Amiante bleue (crocidolite) provenant de Wittenoom (Australie de l'Ouest ). La règle mesure 1 cm.
Amiante bleue montrant la texture fibreuse du minéral.

L'amiante (nom masculin[8]) est un terme désignant des minéraux à texture fibreuse utilisés dans l'industrie. Ce sont des silicates magnésiens ou calciques ayant des propriétés réfractaires. Les diverses catégories d'amiante correspondent à plusieurs espèces minérales :

L'amiante est devenu populaire parmi les industriels à la fin du XIXe siècle à cause de sa résistance à la chaleur, aux agressions électriques et chimiques, son pouvoir absorbant et sa résistance à la tension. Quand l'amiante est utilisé pour sa résistance à la chaleur et au feu, il est mélangé à du ciment ou entrelacé dans des tissus ou tapis. L'amiante est utilisé pour les patins de freins et les joints pour sa résistance à la chaleur, et a été utilisé pour les fours électriques et les installations électriques des plaques chauffantes pour ses capacités d'isolation électrique à forte température, et dans les bâtiments pour ses propriétés ignifuges, isolantes, sa flexibilité, sa résistance à la tension et sa résistance aux produits chimiques.

La toxicité de ce matériau «miracle» est en réalité connue dès le début du XXe siècle[9]. L'inhalation de fibres d'amiante est à l'origine de l'asbestose (fibrose pulmonaire)  ; de cancers broncho-pulmonaires, mais aussi de cancers de la plèvre (mésothéliome) et de cancers des voies digestives. Les victimes de ces pathologies sont essentiellement les «travailleurs de l'amiante», mais également des personnes exposées de manière environnementale et fréquemment à leur insu. Depuis le milieu des années 1980 et 1990, l'utilisation de l'amiante a été interdite dans de nombreux pays.

Physique

La masse volumique de l'amiante en fibres est de 1 400 kg·m-3 avec une conductivité thermique de 0, 168 W/ (m. K), et une chaleur massique de 1045 J/ (kg. K).

L'amiante est un excellent matériau d'isolation thermique ignifuge. Les caractéristiques physicochimiques (point de fusion, résistance à la traction, stabilité chimique, aptitude au filage…) des amiantes en font un produit exceptionnel comparé aux fibres artificielles comme la fibre de verre ou la fibre de roche et le kevlar.

Ce sont ses caractéristiques physico-chimiques de résistance et de persistance dans l'organisme, associées à une capacité à se fractionner en particules microscopiques pour atteindre les alvéoles pulmonaires, et même migrer jusqu'à la plèvre, qui rendent l'inhalation de particules d'amiante pathogène.

Économie

Gisements

L'amiante est exploité dans des mines, il se présente sous plusieurs formes selon son origine. Par exemple les gisements du Québec sont riches en chrysotile, tandis qu'on rencontre essentiellement de la crocidolite au Brésil. Actuellement, les plus gros producteurs sont , par ordre d'importance, la Russie, le Kazakhstan, la Chine, le Canada et le Brésil. Une mine d'amiante a aussi été exploitée en Corse jusque dans les années 1965 sur la commune de Canari (Haute-Corse). En 1962, la production de ce gisement plaçait la France au septième rang des pays producteurs d'amiante. Aujourd'hui, il subsiste une friche industrielle à l'emplacement de l'ancienne mine d'amiante, mais celle-ci serait en cours de sécurisation.

Utilisations

Usages historiques

Les amiantes sont connus depuis plus de 2000 ans. Leurs propriétés exceptionnelles ne manquent pas d'intéresser les Grecs qui le nomment άσβεστος (asbestos, c'est-à-dire «indestructible») mais également chrysotile, (fibre d'or, de χρῡσός, «or»).

Ils en connaissent déjà les dangers ; Pline l'Ancien, qui s'extasie devant ses propriétés, remarque aussi les dommages aux poumons dont souffrent des esclaves chargés du tissage de vêtements d'amiante. Ces étoffes étaient utilisées par les plus aisés parmi les Romains et les Perses comme nappes, qu'on nettoyait en les jetant au feu d'où elles sortaient indemnes. Charlemagne en aurait eu une en sa possession. L'usage semble avoir continué puisque Marco Polo fait état d'une telle pratique en Dzoungarie (province localisée entre l'Altai et le Xinjiang)  :

«Il y a dans cette province une montagne où on trouve […] des salamandres [de l'amiante], dont on fait des étoffes lesquelles étant jetées dans le feu ne sauraient être brûlées. […]. On trouve sur cette montagne certaine mine de terre, qui produit des filets ayant aspect de laine, lesquels étant desséchés au Soleil sont pilés dans un mortier de cuivre ; ensuite on les lave, ce qui emporte toute la terre ; enfin ces filets ainsi lavés et purifiés sont filés comme de la laine, et ensuite on en fait des étoffes. Et lorsqu'il s veulent blanchir ces étoffes, ils les mettent dans le feu pendant une heure ; après cela elles en sortent blanches comme neige et sans être aucunement endommagées. C'est de cette manière aussi qu'ils ôtent les taches sur ces étoffes, car elles sortent du feu sans aucune souillure. […]. On dit qu'il y a à Rome une nappe d'étoffe de salamandre, où le suaire de Notre Seigneur est enveloppé, de laquelle un certain roi des Tartares a fait présent au souverain pontife.»

— Marco Polo, in Le Devisement du monde, Livre 1 Chapitre 47

Utilisations modernes

Utilisations avant le scandale de l'amiante

L'amiante a été utilisé particulièrement tôt dans l'industrie pour l'isolation, les joints ou encore les garnitures de friction (embrayage et plaquette de frein). Le coût faible de production (environ 5 fois moindre que les fibres minérales artificielles) font que ce matériau a aussi été fortement utilisé, surtout dans le BTP entre 1960 et 1980.

L'application la plus commune est l'amiante-ciment, qui représente 90 % de l'utilisation de l'amiante, produit particulièrement utilisé dans le secteur du bâtiment, qui a contenu de l'amiante jusqu'à fin 1996.

Désamiantages

En 2005, une étude menée par l'inspection du travail, la Caisse nationale d'assurance maladie des travailleurs salariés (CNAMTS) et l'Institut national de recherche et de sécurité (INRS) sur 784 chantiers de désamiantage en France a révélé que dans «67% des cas, des anomalies plus ou moins graves ont été constatées, donnant lieu surtout à 41 procès-verbaux, 84 arrêts de chantiers, 6 injonctions et 390 courriers d'observations»[10]. L'étude équivalente menée en 2006 sur 936 chantiers a révélé que 76 % des chantiers de désamiantage étaient non conformes à la réglementation. Elle a donné lieu à 86 arrêts de chantier[11]. Les rapports du Sénat sur la question, en France, mettent en évidence le fait que si la réglementation existe, son application est particulièrement mal contrôlée : contrôles peu habituels, sanctions peu dissuasives, sociétés de désamiantage perdant leur habilitation et qui renaissent sous un autre nom. Tout désamiantage ou démolition d'un bâtiment amianté doit faire l'objet d'un plan de retrait déposé à la Direction départementale du travail. En cas de désamiantage «sauvage», le recours consiste en un appel à l'inspection du travail pour faire cesser le chantier.

En juillet 2009 : un arrêt de la Cour de cassation a rappelé aux employeurs qu'ils sont tenus envers leurs salariés d'une obligation de résultat en matière de sécurité, surtout concernant les maladies professionnelles contractées par les salariés du fait de produits fabriqués ou utilisés dans l'entreprise. Manquer à cette obligation revêt un caractère impardonnable au sens de l'article L. 452-1 du Code de la sécurité sociale «quand l'employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger auquel était exposé le salarié, et qu'il n'a pas pris les mesures nécessaires pour l'en préserver» [12]

Toutes les variétés d'amiante sont cancérigènes selon l'INSERM en 1996. Le chrysotile et le crocidolite sont clairement identifiés comme la cause de pathologies mortelles. Cependant, l'amiante n'est pas interdit chez les pays gros producteurs et dans de nombreux pays émergents où on retrouve les utilisations classiques de ce matériau. L'interdiction de l'amiante en Europe exclut les filtres à vin à base d'amiante utilisés par presque 90 % des producteurs vinicoles.

Les usages spécifiques :

Matériaux de substitution

Dans certaines applications à haute température et de protection contre l'incendie, l'amiante peut être remplacé par le mica, grâce aux qualités de résistance à la chaleur et au feu, ainsi qu'aux propriétés d'isolant électrique, de ce matériau. Le mica ne présente aucun des risques liés à l'amiante ; c'est un matériau inerte, non toxique, se présentant sous forme de paillettes et non sous forme de fibres. L'amiante ne peut pas être remplacée dans l'ensemble des cas à cause de ses propriétés uniques[13]. Les matériaux fait d'amiante ciment sont désormais réalisés en fibro-ciment. Une combinaison de fibre PVA, silice amorphe remplacement à grand frais, les fibres d'amiante.

Risques sanitaires

Les caractéristiques physico-chimiques de l'amiante, associées à une capacité à se fractionner en particules microscopiques pour atteindre les alvéoles pulmonaires, et même migrer jusqu'à la plèvre, font que l'inhalation importantes de particules d'amiante est dangereuse. La règlementation fixe qu'un travailleur ne doit pas inhaler plus de 0, 1 fibres par cm³ sur une heure [14].

Les pathologies peuvent se déclarer jusqu'à plus de cinquante ans après les premières expositions aux fibres d'amiante. À peu près 125 millions de personnes sont exposées à l'amiante professionnellement dans le monde, et 90 000 en meurent chaque année.

Plaques pleurales

Les plaques pleurales sont des lésions, le plus fréquemment asymptomatiques, de la plèvre pariétale qui apparaissent généralement plus de 15 ans après la première exposition à l'amiante. Elles sont particulièrement habituelles, puisque décrites entre 20 et 60% des personnes exposées[15]. Selon leur taille, de leur localisation et si elles sont calcifiées, elles peuvent provoquer des douleurs thoraciques. La question des plaques pleurales demeure cependant controversée : véritable maladie pour les uns, surtout les victimes et leurs associations, simple cicatrice pour les autres.

Épaississements pleuraux

Constituent une pathologie à l'origine de douleurs, ou alors d'une altération de la fonction respiratoire.

Asbestose

Article détaillé : Asbestose.

L'asbestose et l'ensemble des autres maladies qui en découlent seraient essentiellement dues à une inflammation chronique du poumon, avec accumulation de macrophages ayant phagocyté des fibres d'amiante.

Les cancers broncho-pulmonaires

Les cancers broncho-pulmonaires représentent la première cause de mortalité des sujets ayant été exposés à l'amiante. Le temps de latence entre la première exposition et le développement de la maladie dépasse généralement 20 ans. Aucune particularité clinique ou radiologique ne les distingue des cancers broncho-pulmonaires d'autres origines et leur développement est indépendant d'une fibrose pulmonaire. Le risque d'atteinte tumorale est majoré par l'exposition à d'autres agents cancérogènes, le tabac, mais également des produits cancérogènes qu'on peut retrouver dans le milieu de travail. Pour un risque égal à 1, associé à une personne non exposée à l'amiante et ne fumant pas, ce risque est multiplié par 5 pour une exposition à l'amiante, par 10 pour un fumeur et par 50 pour un fumeur exposé à l'amiante. Il existe une relation dose/effet entre l'intensité de l'exposition à l'amiante et le risque de cancer bronchique, sans qu'il soit envisageable de proposer de valeur seuil. En l'état actuel des évaluations épidémiologiques, on estime entre 1 800 et 4 000, l'incidence annuelle de cancers broncho-pulmonaires attribuables à l'amiante.

Le mésothéliome

Le mésothéliome, cancer de la plèvre ou, plus rarement, du péritoine, est spécifique de l'amiante et le pronostic est fatal assez rapidement. Quand le mésothéliome est découvert, la durée de survie est de 1 an. Il peut apparaître 20 à 50 ans après l'inhalation des fibres.

Cancers digestifs

Les études épidémiologiques démontrent une augmentation significative des cancers digestifs, surtout côlorectaux, avec le niveau d'exposition à l'amiante[16].

Exposition des travailleurs

Article détaillé : Scandale de l'amiante.
Nombre de maladies professionnelles liées à l'amiante officiellement reconnues par le dispositif de santé en France

Les travailleurs qui sont exposés au risque de mortalité sont les personnels des mines et usines d'amiante, et les travailleurs impliqués dans le BTP et dans l'entretien et la réparation de lieux ou produits contenant de l'amiante. Les travailleurs indépendants, nombreux dans le secteur du BTP, souffrent en outre de moindre protection juridique [17]. Ils ont fréquemment été exposés sans le savoir, surtout, quand les risques de l'amiante étaient inconnus (c'est-à-dire bien avant la Deuxième Guerre mondiale, le Royaume-Uni mettant en place une législation spécifique pour prévenir des risques contre l'amiante dès les années 1930). À titre d'exemple, en France, l'Institut de veille sanitaire (InVS) a estimé en 2007[18] que 50 % des artisans français mis à la retraite en 2004 ont été exposés à de l'amiante lors de leur vie professionnelle. Ceux qui ont fait l'objet de cette étude venaient des régions Aquitaine, Limousin et Poitou-Charentes, qui ne sont pas les plus industrielles. Ils travaillaient pour moitié dans le BTP, et pour le reste dans la réparation automobile, marine ou ferroviaire, la chaudronnerie, la ferronnerie, etc. Un bilan et un suivi médical ont été proposés aux artisans par le programme Espri (Épidémiologie et surveillance des professions indépendantes), pour éventuelle indemnisation. Cette étude a montré qu'une personne sur quatre lors du bilan présentait au moins une anomalie ou pathologie (généralement bénigne) pouvant être induite par l'amiante. L'InVS a recommandé l'extension du suivi à toute la France. La Haute et Basse-Normandie, le Nord-Pas-de-Calais et la Picardie devraient faire l'objet d'un suivi des artisans (volontaires) en 2008.

Exposition de proximité (riverains de sites industriels, familles de travailleur exposés, proximité d'un affleurement naturel)

En janvier 2009, un rapport de l'InVS concluait à une exposition actuelle globalement faible des riverains de roches amiantifères[19]

Une autre étude [20] devait originellement évaluer (via l'incidence des mésothéliomes dans la population ayant vécu autour de 553 sites industriels et 1 119 chantiers navals) l'exposition de riverains d'anciens sites industriels, à la demande de la Direction générale de la santé (DGS) en 2003. Faute d'un nombre suffisant, la puissance statistique de l'étude n'a pas permis un travail exhaustif ni de produire des évaluations précises du risque, mais l'InVS a néanmoins trouvé une augmentation non significative du risque de mésothéliome, chez les femmes, et non chez les hommes. L'InVS estime avoir assez d'indices pour conclure qu'il existe bien des pathologies dues à l'amiante parmi les riverains d'anciens sites industriels.

Une exposition indirecte peut être aussi délétère : les épouses des travailleurs de l'amiante ont un risque augmenté de faire un mésothéliome, certainement parce que s'occupant du soin des vêtements imprégnés en poussière du mari[21].

Le scandale de l'amiante

Article détaillé : Scandale de l'amiante.

Aujourd'hui, analystes et commentateurs s'accordent à définir l'utilisation de l'amiante en France comme un scandale de santé publique[22]. L'amiante a, en effet, été utilisé de manière particulièrement importante en France, surtout comme isolant dans les bâtiments publics et les habitations individuelles. D'autre part, les pouvoirs publics ont tardé, comparativement aux autres pays développés, à interdire son usage.

Le scandale n'a éclaté que tardivement, durant les années 1990. L'amiante n'a été longtemps pensée que comme un risque couru par des travailleurs du bâtiment ayant été exposés à de fortes doses d'amiante pendant leurs années d'activité. C'est quand l'amiante a été alors perçue comme un risque environnemental menaçant l'ensemble des populations que son usage intensif a été défini comme un problème majeur de santé publique. En cessant de n'être reconnu que comme un risque professionnel, l'usage de l'amiante est ainsi devenu un scandale public[23]. Le campus de Jussieu a été, surtout, un des lieux symboliques des risques posés par l'utilisation de l'amiante en France, et de l'inertie des pouvoirs publics : la mobilisation du personnel de Jussieu fera prendre conscience à l'opinion publique que l'amiante représente un risque sanitaire majeur. Après d'importantes polémiques, Claude Allègre y voyant par exemple un «phénomène de psychose collective», son désamiantage a été décidé.

Le président Jacques Chirac décide d'interdire complètement l'amiante en 1997 et les pouvoirs publics mènent des chantiers de désamiantage de bâtiments publics. D'autre part, des procès ont lieu entre industriels et ouvriers qui condamnent les entreprises qui ont «mis en danger» la vie de leurs salariés en connaissance de cause.

Selon un rapport parlementaire, 35 000 décès survenus entre 1965 et 1995 seraient dus à des expositions aux fibres d'amiante et quelques dizaines de milliers de décès sont prévus entre 2005 et 2030[24].

Chronologie

Le premier cas mortel a été décrit en 1899[25]. C'est en 1906, que Denis Auribault, inspecteur du travail, signale pour la première fois en France la forte mortalité des ouvriers exposés à l'amiante dans l'usine de Condé-sur-Noireau près de Cæn[réf.  nécessaire]. Il faudra attendre 1945 et le tableau 25 des maladies professionnelles «des affections professionnelles consécutives à l'inhalation des poussières de silice et amiantifères» pour une première reconnaissance des pathologies liées à l'amiante[26].

Malgré ses effets mortels, l'amiante a été utilisé de manière particulièrement importante en France, surtout comme isolant dans les bâtiments publics et les habitations individuelles et nombre de processus industriels. On rencontre deux acteurs principaux, Eternit France qui exploitera l'unique gisement d'amiante en France jusqu'en 1965, et Saint-Gobain qui sous le nom d'Everite produit du fibrociment. Jusque dans les années 1990, les industriels de l'amiante regroupés au sein du Comité Permanent Amiante se sont beaucoup employés, en l'absence d'une volonté politique des pouvoirs publics, à sous-estimer les risques liés à ce matériau.

En 1996, l'Inserm évalue à 100 000 le nombre de décès liés à l'amiante en France entre 1995 et 2025. La même année se crée l'Andeva, l'association nationale des victimes de l'amiante, qui se porte partie civile et porte plainte contre X. Des procès ont lieu entre industriels et ouvriers qui condamnent pour «faute impardonnable de l'employeur» devant les tribunaux des affaires sociales et sanitaires, les entreprises qui ont «mis en danger» la vie de leurs salariés en connaissance de cause. Cependant le procès pénal de l'amiante n'a toujours pas été jugé treize ans après le dépôt de plainte. En 1997, le gouvernement français interdit l'usage des fibres d'amiante.

Chronologie et changement de réglementations

Au Royaume-Uni

Les premières découvertes sur la nocivité de l'amiante sont faites par Lucy Deane en 1898, alors inspectrice du travail pour le gouvernement : elle en fait étudier la poussière et fait le lien entre la présence de ces particules dans l'environnement des travailleurs et leurs effets sur la santé[27], [28]. Le docteur Montague Murray observe le premier cas de maladie des poumons due à l'amiante en 1899 ; il signale en 1906 la mort suspecte de plusieurs travailleurs de l'amiante. En 1931, une réglementation est mise en place pour protéger les travailleurs. Des études ont été faites dans les années 1950 et 1960, pour étudier la toxicologie de l'amiante.

En France

Premier monument en France dédié à la mémoire des victimes de l'amiante, inauguré à Condé-sur-Noireau le 1er octobre 2005.

En Suisse

En Allemagne

En 1979, l'Allemagne interdit le flocage à l'amiante, environ à la même époque que les autres pays européens (1975 en Suisse ainsi qu'aux États-Unis, 1977 en France, 1978 aux Pays-Bas, 1980 en Belgique, 1985 au Royaume-Uni) [32].

En Europe

Dès 1962, la Commission européenne a adressé des recommandations aux six États membres de la Communauté économique européenne, en dressant une liste des maladies professionnelles. Celle-ci incluait le cancer du poumon, en signalant les dangers de l'amiante[33]. En 1991, la Communauté européenne s'interroge sur l'interdiction ma13B8), la norme AFNOR NF X 46-020 : Diagnostic amiante – Repérage des matériaux et produits contenant de l'amiante dans les immeubles bâtis décrit la procédure de diagnostic à utiliser pour déceler la présence d'amiante dans les bâtiments fabriqués avant l'interdiction totale de l'amiante en 1997. Les rapports du Sénat sur la question, en France, mettent en évidence le fait que si la réglementation existe, son application est particulièrement mal contrôlée : contrôles peu habituels, sanctions peu dissuasives, sociétés de désamiantage perdant leur habilitation et qui renaissent sous un autre nom. Tout désamiantage ou démolition d'un bâtiment amianté doit faire l'objet d'un plan de retrait déposé à la Direction départementale du travail. En cas de désamiantage «sauvage», le recours consiste en un appel à l'inspection du travail pour faire cesser le chantier.

Canada

La polémique sur l'amiante se poursuit au Canada. Le gouvernement canadien est accusé par certains scientifiques de faire le jeu des producteurs d'amiante. L'Association médicale canadienne a titré un éditorial : «La mortalité liée à l'amiante, une exportation canadienne.» Elle estime que «Le Canada est l'unique démocratie occidentale à s'être constamment opposée aux efforts internationaux visant à réglementer le commerce mondial de l'amiante (…) en manipulant honteusement les connaissances scientifiques par des moyens politiques.»[34].

Le gouvernement canadien est aussi accusé par l'Institut Rideau centre de recherche politique indépendant, de financer le lobby de l'amiante[34].

International

La réunion de Rome, en octobre 2008, n'a pas inscrit l'amiante chrysotile dans la liste des produits chimiques dangereux établie par la Convention de Rotterdam. L'Inde, le Pakistan, le Vietnam, les Philippines et le Canada se sont opposés à cette inscription[35].

Notes et références

  1. http ://www. inrs. fr/fichetox/ft145. html
  2. Entrée du numéro CAS «132207-32-0» dans la base de données de produits chimiques GESTIS de la BGIA (organisme allemand responsable de la sécurité et de la santé au travail) (allemand, anglais), accès le 28 novembre 2008 (JavaScript indispensable)
  3. IARC Working Group on the Evaluation of Carcinogenic Risks to Humans, «Évaluations Globales de la Cancérogénicité pour l'Homme, Groupe 1 : Cancérogènes pour l'homme» sur http ://monographs. iarc. fr, CIRC, 16 janvier 2009. Consulté le 22 août 2009
  4. «Amiante» dans la base de données de produits chimiques Reptox de la CSST (organisme québécois responsable de la sécurité et de la santé au travail), consulté le 24 avril 2009
  5. «Amosite» dans la base de données de produits chimiques Reptox de la CSST (organisme québécois responsable de la sécurité et de la santé au travail), consulté le 25 avril 2009
  6. «Crocidolite» dans la base de données de produits chimiques Reptox de la CSST (organisme québécois responsable de la sécurité et de la santé au travail), consulté le 25 avril 2009
  7. Numéro index 650-013-00-6 dans le tableau 3.1 de l'annexe VI du règlement CE N° 1272/2008 (16 décembre 2008)
  8. Définitions lexicographiques et étymologiques de « amiante » du CNRTL.
  9. Roger Lenglet, L'affaire de l'amiante, éditions La Découverte, 1996.
  10. Conférence de presse du ministre délégué à l'Emploi Gérard Larcher. Propos rapportés par l'AFP, «Désamiantage : 67% des chantiers en infraction, durcissement annoncé», 16 novembre 2005.
  11. «Aggravation du risque amiante», La Tribune, 16 février 2007, p. TR16.
  12. Arrêt du 9 juillet 2009 de la Cour de cassation, 2ème chambre civile, n° 08-16934, 9 juillet 2009.
  13. A titre d'exemple, l'utilisation de l'amiante dans des diaphragmes dans l'industrie d'électrolyse à basse-tension ne présente pas de risque et est plus efficiente que l'utilisation d'autres matériaux : (en) Review of the derogation on chrysotile asbestos diaphragms under Commission directive 1999/77/EC, Commission européenne, juillet 2007
  14. http ://www. inrs. fr/inrs-pub/inrs01. nsf/IntranetObject-accesParReference/Pdf%20AmianteProtecTravailleurs/File/AmianteProtecTravailleurs. pdf
  15. Currie GP, Watt SJ, Maskell NA, An overview of how asbestos exposure affects the lung, BMJ, 2009;339 :b3209
  16. Provoté S, Desoubeaux N, Letourneux M, Galateau-Salle F, Raffælli C, Paris C, Launoy G. Exposition professionnelle à l'amiante et risque de cancer digestif (résumé). Gastrœnterol Clin Biol 2000;24 :A151.
  17. Les travailleurs indépendants et l'amiante, mémoire de master de droit d'une étudiante de l'Université Paris-X Nanterre, 2007
  18. Résultats intermédiaires de l'étude lancée en septembre 2005 par le département santé et travail de l'InVS, publiée en septembre 2007, fondée sur des interviews de 2 334 artisans interrogés (des hommes à 88 %, mis en retraite en 2004), réalisée dans le cadre du programme Espri (Épidémiologie et surveillance des professions indépendantes), avec le régime social des indépendants (RSI).
  19. »Exposition environnementale à l'amiante chez les personnes riveraines d'anciens sites industriels et affleurements naturels - Étude cas-témoins à partir des données du Programme national de surveillance du mésothéliome», InVS
  20. Exposition environnementale à l'amiante chez les personnes riveraines d'anciens sites industriels et affleurements naturels ; Étude cas-témoins à partir des données du Programme national de surveillance du mésothéliome [pdf]
  21. Ferrante D, Bertolotti M, Todesco A, Mirabelli D, Terracini B, Magnani C, Cancer mortality and incidence of mesothelioma in a cohort of wives of asbestos workers in Casale Monferrato, Italy, À peu près Health Perspect, 2007;115 :1401-5
  22. Emmanuel Henry, Amiante : Un Scandale Improbable, PUR, 2007.
  23. Ibid.
  24. (fr) Le drame de l'amiante en France : comprendre, mieux réparer, en tirer des leçons pour l'avenir, Rapport d'information n° 37 du 20 octobre 2005 ; «Les pathologies de l'amiante»
  25. Tweedale G, Hansen P, Protecting the workers : the medical board and the asbestos industry, 1930s-1960s, Med Hist, 1998;42 :439-57
  26. François Malye, «Amiante :100.000 morts à venir», le Cherche Midi, 2004.
  27. amisdelaterre. org, Hélène Gassie, «Lanceurs d'alerte», 5 août 2006, article de Patrick Piro, source : Politis n° 872
  28. [pdf]unesdoc. unesco. org, Comest , Le principe de précaution, mars 2005, «Encadré 1 – L'exemple de l'amiante», source : Agence européenne pour l'environnement, 2001, p.  10
  29. http ://andeva. fr/
  30. Documents, novembre 2009, n° 2090, 138 pages.
  31. http ://www. amiante. ch/ amiante. ch
  32. senat. fr, «Un échec : l'utilisation contrôlée de l'amiante»
  33. Nico Krols et Marleen Teugels, Qui pouvait ignorer les dangers de l'amiante ?, Le Monde diplomatique, décembre 2006
  34. Le Monde, 31 octobre 2008, page 4
  35. Le Monde, 31 octobre 2008, page 4.

Voir aussi

Bibliographie

François Brassens, Philippe Courrèges et Michel Touron, Le Désamiantage des bâtiments, édition Le Moniteur (2003), ISBN 9782281112290

Roger Lenglet, L'affaire de l'amiante , La Découverte, 1996.

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