Granulat

Le granulat est un fragment de roche, d'une taille inférieure à 125 mm, conçu pour entrer dans la composition des matériaux conçus pour la fabrication d'ouvrages de travaux publics, de génie civil et de bâtiment.


Catégories :

Matériau de construction - Roche - Géotechnique - Matériau composite - Matériau

Définitions :

  • Gravier du lit de la rivière extrait pour des utilisations industrielles. (source : fnh)
  • granulats - nm Ensemble de matériaux inertes. (source : ens-prof.ac-dijon)

Le granulat est un fragment de roche, d'une taille inférieure à 125 mm, conçu pour entrer dans la composition des matériaux conçus pour la fabrication d'ouvrages de travaux publics, de génie civil et de bâtiment.

Production

Production à partir de roches meubles

Transport de granulats par convoyeur à bande en vue du stockage

Les roches meubles utilisées comme granulats sont en particulier des dépôts alluvionnaires trouvés dans le lit présent ou passé d'une rivière actuelle ou passée (en mer peut-être).

On a ainsi exploité directement le lit des rivières, on exploite toujours, en eau, des gisements dans leur lit majeur, des dépôts du quaternaire récent (postérieur à la dernière glaciation), mais on doit exploiter de plus en plus fréquemment des alluvions du début du quaternaire quelquefois particulièrement éloignés de rivières actuelles. On exploite aussi des dépôts marins à des profondeurs de plus en plus importantes.

Si les gisements de dépôts récents, sont plutôt «propres», les gisements de dépôts anciens sont plutôt chargés de limons & d'argiles. Ceci influe sur le procédé de production des granulats et leur prix.

Les différentes phases de la production classique sont :

Production à partir de roches massives

Les roches massives susceptibles d'apporter des granulats viennent en particulier des gisements épais de roches dures. Il s'agit en particulier de calcaires de formations géologiques plus anciennes (au plus tôt du tertiaire), ou de roches d'origine magmatique ou plutonique, qu'on appelle roches éruptives. Si ces dernières sont plutôt propres, les calcaires peuvent contenir de limons ou argiles indésirables. Ce qui influe sur le procédé de production des granulats.

Les différentes phases de la production sont :

Le gisement est en premier lieu foré régulièrement, les trous de foration sont alors chargés d'explosifs (de 60 à 140 g par tonne abattue selon le type de roche).
Le boutefeu (ou «préposé au tir») déclenche le tir après avoir sécurisé la carrière.

Granulats issus du recyclage

Les granulats peuvent provenir de filières industrielles de recyclage valorisant des sous-produits (ou co-produits) industriels ou issus de la démolition de bâtiments ou de voiries (broyats de bétons, briques, recyclage de ballasts de chemin de fer, de croûtes ou de fraisats d'enrobés routiers ou de terrils miniers. )
Les bétons recyclés concassés sont en particulier conçus pour la fabrication de graves routières, les croûtes ou les fraisats d'enrobés sont recyclés dans la fabrication de graves-bitumes ou d'enrobés routiers. Aujourd'hui se développe aussi l'usage des mâchefers d'incinération des ordures ménagères (MIOM).

Les techniques employées pour la production sont celles décrites pour les roches. Deux postes différents : celui de l'extraction qui n'a pas lieu d'être dans le cas de terrils, de crassiers et de fraisage des anciennes chaussées, et celui du tri. En effet, dans le cas de certains co-produits, l'attention est portée sur l'élimination des éléments nocifs capables d'engendrer des désordres. Il peut s'agir des plâtres et des matériaux flottants dans le cas des matériaux de démolition, des goudrons dans le cas des fraisats d'enrobés en retraitement à chaud, de poches de scorie LD dans le cas de crassiers de laitier...

Usages

Les granulats sont conçus pour entrer dans la composition, ou dans la fabrication :

En remblai : des graves de 0/32 à 0/80 mm.
En assise de chaussée  : des graves traitées ou non de 0/12 à 0/32 mm.
En couche de roulement  : des sables, gravillons & fillers en mélange avec des bitumes dans la composition des enrobés bitumineux.

Appellation & spécifications

La norme européenne définit le granulat comme le «matériau granulaire utilisé en construction. Un granulat peut être naturel, artificiel ou recyclé» :

le granulat naturel est le granulat d'origine minérale n'ayant subi aucune transformation autre que mécanique. Dans cette catégorie se rangent des granulats de roche, comme le calcaire, le porphyre, le trapp… ;
le granulat artificiel est le granulat d'origine minérale résultant d'un procédé industriel comprenant des modifications thermiques ou autres. Dans cette catégorie se rangent des granulats transformés, comme le schiste expansé, l'argile expansée, mica expansé (vermiculite) … ;
le granulat recyclé est le granulat résultant de la transformation de matériaux inorganiques antérieurement utilisés en construction. Dans cette catégorie se rangent des granulats, comme le béton concassé, le fraisat d'enrobés bitumineux…

Le granulat est en premier lieu caractérisé par sa granularité, qui est la distribution dimensionnelle des grains, exprimée en pourcentage de masse passant au travers d'un ensemble spécifié de tamis. La mesure de la granularité s'appelle granulométrie.

De là, on déduit sa classe granulaire en termes de dimension inférieure (d) et supérieure (D) de tamis, exprimée par l'expression d/D, des dimensions exprimées en millimètre.

Par exemple un granulat dont particulièrement peu de la masse passe au travers un tamis de 4 mm (d), et dont la majorité de la masse passe au travers d'un tamis de 12 mm (D), est dénommé : «granulat 4/12»

Si on se réfère à la norme XP P 18-545, laquelle reprend les normes européennes en vigueur depuis le 1er juin 2004, 3 classes de granulats sont différentibles :

Seules ces trois désignations portent l'appellation de granulats.

D'autres appellations existent néanmoins pour des granulométries différentes :

Il est aussi caractérisé par sa nature minéralogique, inhérente au gisement duquel il est issu. Ce peut être :

Il convient de noter que les alluvions meubles de rivière ou marines, ont la nature minéralogique des gisements dont la dégradation a donné ces dépôts. Ces gisements peuvent être particulièrement éloignés du dépôt, et peuvent même avoir totalement disparu. Cette nature minéralogique peut alors être mixte. A titre d'exemple, "silico-calcaire".

Caractéristiques

Les caractéristiques intéressant un granulat fluctuent selon l'usage auquel ce granulat est destiné, mais également de l'origine & de la nature de ce granulat. Les normes spécifiques à chaque usage définissent les caractéristiques pour lesquelles une mesure ou une évaluation est indispensable.

Par exemple la connaissance de la teneur en chlorure est importante pour des granulats conçus pour la fabrication des bétons hydrauliques, sans intérêt pour les granulats conçus pour la fabrication des bétons bitumineux.

Caractéristiques géométriques

Les caractéristiques géométriques sont :

Le cœfficient d'aplatissement (Fl) = [ (somme des passants aux grilles à fentes parallèles) / (somme des refus aux tamis correspondants à mailles carrées) ]x100, qui indique la proportion de granulats aplatis dans un lot. Il devrait être compris entre 0 et 3
L'indice de forme (Sl) = E/G> 1, 58

Caractéristiques physiques

Les caractéristiques physiques sont :

Caractéristiques chimiques

Les caractéristiques chimiques sont :

Impacts environnementaux de l'extraction

L'extraction et le transport des granulats (alluvionnaires surtout) est source d'impacts environnementaux. Se faisant dans le sous-sol, elle impose fréquemment des pompages, responsables de baisse de nappe et de perturbations hydraulique, exacerbant les impacts des sécheresses et inondations et certains risques de pollution. En mer, les extractions peuvent perturber la flore et la faune (par leur panache de turbidité, la remise en suspension de polluants. Des effets indirects d'érosion côtière ou sous-marine distantes sont envisageables. Enfin, la réhabilitation de carrière a fréquemment dans le passé caché des décharges polluantes.

Dans la majorité des pays, les grandes carrières sont par conséquent soumises à autorisation des services de l'état et/ou des régions, ainsi à partir de certains seuils qu'à des études d'impact ainsi qu'à mesures compensatoires et/ou conservatoires ou de réhabilitation des sites.

A titre d'exemple, en France, toute nouvelle carrière est soumise à une enquête publique ainsi qu'à l'autorisation préfectorale, et doit respecter le schéma départemental des carrières (SDC, imposé par une loi de 1993) qui fixe ses conditions d'implantation mais aussi des objectifs de protection et de remise en état en fin de chantier et au cours de l'exploitation, en lien avec les SDAGE (Schémas directeurs d'aménagement et de gestion des eaux).

Les impacts des extractions marines dans ou hors des eaux territoriales sont les plus mal étudiés. Ce manque d'étude sur l'impact d'une exploitation en mer a été spécifiquement mis en lumière avec le «Per Lorient Sud», premier grand projet de se type en Bretagne, il a donné lieu à une vive opposition, Collectif le peuple des dunes[1], avant son abandon par son pétitionnaire Lafarge Granulats, suite à un avis négatif du Préfet Maritime ainsi qu'à un avis défavorable du Comité Scientifique Indépendant mis en place par Cap l'Orient[2].

Le CNRS, le Muséum et l'Union nationale des producteurs de granulats ont en France publié en 5 tomes un document[3]«carrières et zones humides» sur une meilleure prise en compte de l'environnement dans la réhabilitation des carrières.

Normes

Depuis 2004 dans tout l'Espace Economique Européen, les granulats sont soumis au marquage CE conformément à la Directive Produits de Construction (DPC, Directive Européenne n°89/68/CEE modifiée par la Directive 93/68/CEE). Les producteurs de granulats doivent choisir (en fonction des options retenues par les Etats membrres de l'EEE) entre le niveau d'attestation de conformité 4 (autodéclaration de conformité aux normes émise par le producteur) et 2+ (conformité attestée par un organisme notifié via un certificat ou une attestation de conformité CE comportant un numéro spécifique et propre au producteur). Chaque organisme notifié définit, au travers d'un Référentiel, les modalités d'intervention (inspection... ) et de délivrance d'un certificat ou d'une attestation de conformité CE. Les appellations des granulats sur les documents commerciaux accompagnant les livraisons doivent faire référence à une norme applicable à ceux-ci.

Les normes européennes applicables aux granulats sont :

EN 13139 de janvier 2003 : Granulats pour mortiers.
EN 12620+A1 de juin 2008 : Granulats pour béton.
EN 13055 de février 2005 : Granulats légers.
EN 13043 d'août 2003 : Granulats pour mélanges hydrocarbonés…
EN 13242+A1 de mars 2008 : Granulats pour matériaux traités aux liants hydrauliques…
EN 13285 de mai 2004 : Graves non traitées [Spécifications].
EN 13450 d'août 2003 : Granulats pour ballasts de voies ferrées.

Évolution de la législation

Les carrières ont été stratégiques depuis l'antiquité (pour les voies romaines par exemple).

En France, Louis XVI le 17 mars 1780 a codifié des dispositions peu contraignantes à l'époque pour les carrières, bien avant le code minier de 1956, assez libéral, relatifs à l'exploitation des gîtes minéraux. Jusque 1970 ; une simple déclaration suffisait pour l'ouverture d'une carrières. Ces carrières se sont multipliées et ont fréquemment été comblées avec des déchets qui sont devenus des sources de pollution, en contact directe avec la nappe quelquefois. Une loi du 2 janvier 1970 a remplacé le dispositif déclaratif par l'autorisation préfectorale, qui tend à limiter les droits du propriétaire et/ou de l'exploitant par une meilleure prise en compte de l'intérêt général, présent et futur, et surtout par un effort de diminution ou Dette remboursement des impacts environnementaux. Un schéma départemental des carrières permet théoriquement un choix plus pertinent des sites, en anticipant aussi sur leur reconversion finale. En 1993, les carrières deviennent des Installation classée pour la protection de l'environnement, et divers textes, dont Natura 2000 renforcent la concertation avec les élus et les contrôles des DRIREs qui exigent que le carrier soit en capacités techniques et financières de remettre en état le site en fin d'exploitation (C'est une obligation légale, avec garanties financières exigibles pour chaque carrière à partir du 14 juin 1999, mais aussi l'enquête publique assortie d'une étude d'impact et le cas échéant de mesures conservatoires et compensatoires. En France une partie des carriers eux-mêmes se sont associés au Museum national d'histoire naturelle et au CNRS pour produire une bibliographie et des guides illustrés de réhabilitation environnementale de carrières[4]. Les réhabilitations cherchent de plus en plus à contribuer à restaurer les conditions de la biodiversité. Des sites réhabilités sont quelquefois transférés aux collectivités locales ou au conservatoires des sites ou au Conservatoire du littoral qui en assurent une gestion pérenne (ex : Lac des Moëres dans le Nord, carrière de Conchil le Temple dans le Pas-de-Calais. En Picardie, près de la pointe du Hourdel, un projet de dépoldérisation de l'estuaire de la Somme s'associe la renaturation d'une carrière (exploitée par GSM). Une valorisation du patrimoine géologique mis au jour par les fronts de taille est quelquefois aussi envisageable.

Dans de nombreux pays, dont au Royaume-Uni, les carrières manquent ou sont moins rentables sur terre, justifiant une demande d'ouverture de carrières en mer.

Granulats marins (siliceux, calcaires)

Leur prélèvement peut perturber des frayères et la faune du fond, mais aussi toute la colonne d'eau touchée par le panache de particules mises en suspension, à longue distance. Des sédiments toxiques peuvent être remobilisés, et les grandes carrières peuvent modifier les courants et générer des modifications distantes du transit hydrosédimentaire et ainsi modifier les profils de plage, en accentuant l'érosion marine du littoral ou en provoquant localement des envasements ou déplacements de bancs de sable.
Une réglementation spécifique cadre désormais l'exploitation sous-marine des granulats, clarifiée en France par la loi 97-1051 du 18 novembre 1997, dont l'article 57 a supprimé les termes «les exploitations d'amendements marins» dans l'article 7 de la loi 76-646 du 16 juillet 1976, ce qui lui permet d'englober la totalité des matériaux marins [granulats siliceux et substances calcaires (maërl et sables coquilliers) ]. Les matériaux du domaine public maritime (DPM) et du plateau continental y relèvent du code minier. Au début des années 70, 2 régimes existaient selon le lieu de l'exploitation projetée. Le régime minier, impliquant une autorisation ministérielle, s'appliquait sur le plateau continental ; celui des carrières (autorisation préfectorale) suffisait dans les eaux territoriales (dont la limite s'est étendue de 3 à 12 milles en 1971). La loi n° 76-646 du 16 juillet 1976 a simplifié la réglementation au profit du seul Code minier. Deux décrets de 1980 réglementent les «titres Drague - GSM miniers» et les procédures, modifiées en 1995 par deux nouveaux décrets imposant une procédure étalée sur 4 ans pour obtenir :

  1. un titre minier par arrêté ou décret ministériels ;
  2. une «autorisation domaniale») d'occupation temporaire du domaine public maritime (ou pour les titres miniers sollicités, en mer territoriale ;
  3. une autorisation préfectorale d'ouverture de travaux miniers en mer.

En 2006, le décret n° 2006-798 du 6 juillet 2006 a réuni en un seul texte la majorité des obligations réglementaires applicables aux granulats marins, régulant l'octroi des APP (Autorisations «de Prospection Préalables»), des titres miniers («Permis Exclusifs de Recherches» ou PER), les concessions, les autorisations domaniales, et les «Autorisations d'Ouverture de Travaux Miniers en mer» (AOTM). L'administration n'a plus que 38 mois pour étudier les dossiers et statuer. Une instance de concertation associe élus, comités locaux des pêches, ONGE (associations environnementales).. pour une meilleure gouvernance locale.
L'étude d'impact environnementale conforme (art. R122-3 du code de l'environnement) reste obligatoire, mais aussi l'enquête publique (pour les titres miniers et les ouvertures de travaux). Le principe d'indépendance des décisions de chaque autorités compétentes (ministre chargé des mines, préfet.. ) est maintenu, mais le préfet «terrestre» doit refuser toute autorisation de projet ayant reçu un avis défavorable du préfet maritime.

Face à une pression croissante (Ex : nombreux projets anglais d'extraction de granulats en Manche/Mer du Nord, dans le pas de Calais ; l'une des régions du monde les plus fréquentées, dont par des navires transportant des cargaisons dangereuses) et face au risques pour la sécurité maritime, au risque écologique et halieutiques aggravés, ou à des risques tels que celui posé par plus de 100 décharges de munitions immergées sur le littoral français, le Grenelle de l'Environnement a décidé de revoir la législation française, peut-être en encourageant aussi les GIZC.

Importance économique

Voici quelques chiffres complémentaires relatifs à l'année 2007 [5] :



Vocabulaire

Il se traduit :

en anglais : aggregate
en allemand : Gesteinkörnung, nom féminin, pluriel : Gesteinkörnungen.

L'étymologie de granulat :

Par emprunt au diminutif latin granulum (de granum), la langue savante forma granuleux au XVIe siècle, granuler & granulation au XVIIe siècle puis granule au XIXe siècle. Granulat est du début du XXe siècle. La première définition normative unique de granulat, date en France de mars 1982 (NF P 18-101).

Synonyme : On voit naitre dans le langage, le terme agrégat, sans doute issu de l'anglais. Ce qui pourrait créer une méprise; un granulat est une roche désagrégée.

Annexes

Bibliographie

Notes et références

  1. Site-blog du Peuple des dunes, Morbihan Gâvres, création du collectif "Le Peuple des Dunes", Assemblée Générale ASPLPG du 28 décembre 2006 (lien du 21/07/2009)
  2. Quotidien Libération, «Le «Peuple des dunes» a fini par gagner : Lafarge a annoncé vendredi qu'il renonçait à extraire du sable au large de Quiberon.» lien du 22/07/2009
  3. édité par le comité national de la charte professionnelle de l'Industrie des granulats, 3, Rue Alfred Roll, Paris 75 017
  4. Coffret de 5 ouvrages, intitulé Carrières et zones humides, publié dans le cadre de la Charte professionnelle de l'UNPG
  5. Les chiffres mentionnés ici sont issus de l'enquête statistique annuelle réalisée par l'UNICEM pour l'année 2007.

Liens externes

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